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Vif-Argent de Stéphane Batut

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On entre dans Vif-Argent avec la découpe lumineuse d’un visage dans le néant. L’image brille de son intensité au milieu d’un écran noir sidéral. Les contours de cette première apparition sont si nets qu’on est saisi par l'isolement de l'image. La tête s’incline doucement comme celle d’un dormeur qui s’éveille. Le noir s’anime découvrant les herbes où le jeune homme est couché puis viennent les ombres d’un paysage nocturne. Tout le reste du film est à l’image de cette ouverture. L’épaisseur du monde s’incarne avec une sensorialité qui ravive nos sens. Les images s’animent d’une présence qui échappe à notre seul entendement.  L’histoire commence comme un rêve éveillé. Un jeune homme hagard et titubant cherche où il est. Il porte un prénom qu’on n’oublie pas : Juste. A la fois celui qui porte la vérité et celui qui existe à peine.  Magnifiquement joué par Thimothée Robart, le jeune homme vit dans un squat et fait ses machines au Lavomatic quand il n’est pas o...

Le déjeuner sur l'herbe

Rarement seul L’odorant tilleul trace sa route Nationale ou communale Il accompagne les allées et venues de l’été Vert franc des feuilles charnues en juillet Pique-nique à l’ombre d’une nappe dressée pour la voltige des fourmis Les tomates cerises jonglent Le paquet de chips éclate Lancer d’assiettes en carton Les corps bancals s’affalent Le volubile Monsieur Loyal   enchaine les numéros Sous le chapiteau suspendu à ses mats La piste ronde n’est plus mélancolie Ses faux airs d’ortie cachent sa fantaisie Épreuve du fakir sur son tapis d’herbes sèches Un bouchon tire de sa torpeur une paupière alanguie Trafic aérien des mouches avides de festin Coup de torchon Le vol d’une guêpe se transforme en piqué Velléité d’un vieux lion à croquer des pralines   La barbe à papa colle aux doigts Le coffre-fort résiste ...

Marie-louise

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" Tu es la honte de la famille " Maman, 2016 Assiette Henriot avec citation manuscrite, 30 cm environ. Œuvre utilisée pour l’installation de l’artiste Damien Rouxel à l’exposition Lignes de vies – une exposition de légendes au MAC VAL à Vitry-sur-Seine du 30 mars au 25 août 2019. Le mur est   un champ à ratisser et à ensemencer. Travail méthodique presque laborieux de l’artiste Damien Rouxel pour trouver l’emplacement   de chaque pièce. Une parcelle de soi transmise de génération en génération dont on cultive l’héritage. Équilibre fragile qu’on ne peut plus trop bouger dans une sorte de nature morte où le quotidien côtoie parfois le sublime. Une liberté à retrouver dans des limites déjà fixées.  D'un côté, la gravité du père tenant les cordes des mains liées et de l'autre, la fantaisie libérée du fils prêt à exécuter une danse du ventre aux côtés de sa mère. Entre ces deux extrêmes bien balisés du masculin qui tient les ficelles et du fémi...

Les Estivants de Valeria Bruni Tedeschi

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Commencer une histoire en se faisant larguer par son mec le jour du divorce de son ex demande une certaine forme d’abnégation. Si on rajoute un avocat qui vous rappelle que la situation implique une tête d’enterrement et une sobriété de rigueur, on se met à douter de notre capacité de spectateur à pouvoir discerner le vrai du faux. Qui plus est, être réalisatrice et s’effondrer devant le jury du CNC chargé de vous accorder les fonds nécessaires et vous aurez toutes les cartes en mains pour ne plus savoir si le film auquel vous pensiez pourtant assister aura un jour les moyens d’exister.   Valeria Bruni Tedeschi est dans son film Les Estivants un   florilège de toutes ces contradictions. Mère et fille aussi, une voix implorante qui se transforme en fou rire, une prière dite sur le ton de la colère, Anna femme amoureuse et furie qui fait voler en éclats les convenances, tout ça en mieux et en pire à la fois. Son dernier film ne nous apprend rien que nous ne sach...